Par l’Amour ? « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).
Magnifique ! Mais irréaliste… Tout le monde le souhaite, même les païens, les méchants voudraient bien, et nous aussi, mais nul n’y parvient. La Civilisation de l’Amour ne s’installe pas en un instant. Il faut la bâtir par étapes…
Le Pardon ? « Si vous ne vous pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas non plus » (Mt 6,15).
Voilà un chemin nécessaire pour tant de familles, de relations et de blessures infectées ! Mais soyons réalistes, chez nous, on ne pardonne presque jamais. Les personnes offensées ont l’impression que le pardon est une violence, une injustice supplémentaire : « Ce qu’on m’a fait est trop grave ! » Le démon de la rancune se cache mais il est tenace.
La Correction Fraternelle ? « Si ton frère a fait quelque chose de mal, va lui parler, avec délicatesse et vérité » (Mt 5,23-24).
Quel formidable moyen de grandir ! Être corrigé, ce n’est pas être condamné, c’est pouvoir progresser et prendre un chemin de sainteté. Mais ça fait très peur de corriger les autres. Il faut enlever d’abord la poutre de son œil et être très, très humble. Chez nous on préfère accumuler les blessures et les non-dits.
La Fraternité, la solidarité, le partage ? « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 2,42).
La vie fraternelle, c’est attirant, n’est-ce pas !? Avoir de vraies communautés familiales : nous connaître mieux, nous fréquenter, nous inviter, connaître nos prénoms, prendre des nouvelles, se soutenir, s’entraider, covoiturer, etc. À quoi bon être en tête à tête avec Dieu si on n’est pas au coude à coude avec ses frères ?… Donner la paix du Christ à la messe sans même connaître le prénom de celui qui est à côté de nous ? Mais il nous faudrait vaincre des siècles de méfiance et de peur du regard des gens… dur, dur !
Alors, quelle est la chose que nous pourrions mieux faire ?
Le kérygme : « Jésus lui-même s’approcha, et marchait avec eux » (Lc 24,15).
Revenir au commencement de notre foi : Accueillir Jésus sur notre route : que Lui-même nous renouvelle dans la Bonne Nouvelle. Il est vivant, Il est sorti du tombeau libre et vainqueur. Il nous donne son Esprit Saint pour le pardon et Il reviendra dans la gloire. On ne devient pas chrétien simplement parce qu’on nous a dit : « Sois gentil. Aime ton prochain comme un frère… Pardonne à ceux qui t’ont fait du mal… Fais le bien… etc. » On devient chrétien lorsqu’on a rencontré Jésus-Christ en personne, sur sa route.
Le plan pastoral de ces 5 prochaines années, Kerygma 2030*, revient à la source ! ACCUEILLIR JÉSUS : des fidèles qui reçoivent la Bonne Nouvelle, se laissent rejoindre et bouleverser par sa présence dans les sacrements, les prières, les réunions et les rassemblements, dans leur vie, les moments durs ou les temps de joie…
Et toi où et quand accueilles-tu Jésus ? Est-Il simplement quelqu’un dont tu as entendu parler ? Le pries-tu ? Est-Il vivant dans ta vie ? Est-Il ton compagnon de route ? Cette question est la clé du bonheur pour chacun, prêtres et fidèles, pour nos communautés et notre peuple. La clé des guérisons tant attendues : celles des cœurs et des corps, de notre vie sociale aussi… Clé de la libération de nos projets, nos talents et nos ambitions pour le bien de tous.
* Un questionnaire sera largement diffusé bientôt.
+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■